L'intervention militaire en Iran met le marché pétrolier en ébullition

05 mars 2026

Temps de lecture : 5 min   

Une nouvelle escalade majeure au Moyen-Orient bouleverse l’équilibre géopolitique et secoue les marchés internationaux et, en particulier, celui du pétrole qui réagit vivement à la fermeture du détroit d'Ormuz avec un baril de Brent pointant à plus de 77 USD.

Entre ripostes militaires, tensions pétrolières et volatilité financière accrue, voici l’essentiel à retenir pour comprendre les enjeux de cette crise.

Introduction

  • Ce week-end, les forces militaires israéliennes et américaines ont attaqué l’Iran et tué nombre de responsables iraniens, dont le guide suprême Ali Khamenei. L’Iran a riposté à ces attaques en bombardant les intérêts américains dans la région, faisant au passage de nombreux dégâts collatéraux et victimes civiles dans les pays du Golfe, et en interdisant le passage dans le détroit d’Ormuz, point de passage stratégique pour les exportations de gaz et de pétrole de la région, ce qui ne s’est jamais produit, même au plus fort de la guerre Iran-Irak dans les années 80 !
  • Dans ce contexte, les prix pétroliers, qui s’étaient déjà tendus la semaine dernière pour atteindre 72 USD, augmentent significativement aujourd’hui (le baril de Brent pointe à plus de 77 USD). Une tension qui pousse les capitaux vers les valeurs refuge : l’or a atteint de nouveaux sommets à plus de 5.360 USD/once, le taux à 10 ans des emprunts d’Etat US est repassé sous la barre des 4%, et le billet vert reprend un peu de vigueur. A contrario, la volatilité sur le marché boursier, surtout dans les pays du Golfe, est appelée à se renforcer.  
  • Cette opération militaire sera-t-elle plus concluante que celle de juin 2025, qui avait duré 12 jours ? L’avenir nous le dira, mais une chose semble sûre : elle s’inscrira vraisemblablement dans la durée, puisque Washington semble, cette fois-ci, vouloir atteindre l’ensemble de ses objectifs militaires et politiques, notamment les plus maximalistes, comme celui d’un changement de régime.
  • Bien que l’impact de ce conflit sur l’économie mondiale et les marchés financiers soit encore incertain à ce stade et dépende de la durée et de l’intensité de la guerre, l’analyse qui suit devrait vous aider à y voir plus clair…

Empêcher l’Iran de se doter de l’arme nucléaire et favoriser un changement de régime !

  • Depuis le début de l’année et la répression sanglante des manifestations contre le régime iranien, qui a fait plusieurs milliers de morts, la pression diplomatique et militaire sur l’Iran n’a cessé d’augmenter.
  • Les États-Unis ont ainsi dépêché deux porte-avions et leur escorte dans la région, tandis que l’Union européenne a placé les Gardiens de la Révolution iranienne sur la liste des organisations terroristes.
  • En parallèle, l’Iran et les États-Unis se sont néanmoins engagés dans d’intenses discussions diplomatiques à Oman et Genève, visant notamment à contenir les ambitions nucléaires et militaires de l’Iran, mais celles-ci se sont soldées par un échec puisque les États-Unis et Israël ont décidé de recourir à des frappes sur le sol iranien ce week-end.
  • Si la durée de cette intervention est encore incertaine, on peut néanmoins supposer qu’elle s’inscrira dans la durée. En effet, en juin 2025, les 12 jours de bombardements israéliens et américains intensifs ne leur avaient, semble-t-il, pas permis d’atteindre leurs objectifs. En outre, c’est aujourd’hui l’option maximaliste d’un changement de régime en Iran qui semble poursuivie par les États-Unis, ce qui, de toute évidence, prendra davantage de temps que de freiner les ambitions nucléaires du pays. Dans ce contexte, le décès d’Ali Khamenei n’est sans doute qu’une première étape dans un difficile processus de transition politique dans un pays comptant près de 90 millions d’habitants et dirigé depuis 1979 par un régime théocratique, qui contrôle tous les niveaux de pouvoir et les secteurs économiques.
  • Chaque embrasement du Moyen-Orient nous rappelle bien entendu les crises pétrolières des années 70, qui ont eu un impact majeur sur l’économie mondiale et les marchés financiers. Cependant, la situation est aujourd’hui fondamentalement différente !

Impact sur l’économie mondiale et les marchés pétroliers

  • L’économie mondiale aborde, en effet, cette crise dans une situation relativement robuste malgré les différents points de tension commerciaux et géopolitiques.
  • Le FMI table en effet sur une croissance de 3,3 % pour l’économie mondiale, ce qui est en ligne avec son potentiel de croissance.
  • Ces attentes ont jusqu’ici été corroborées par les indicateurs conjoncturels avancés, comme les indices de confiance des directeurs d’achat, qui laissent même entrevoir une légère accélération de la croissance.
  • Dans le même temps, l’inflation, qui était fortement remontée dans le sillage de l’invasion de l’Ukraine en 2022, se normalise en Occident puisque l’inflation s’établit actuellement à respectivement 2,4 % aux États-Unis et 1,7 % en Europe, soit des niveaux proches ou inférieurs aux 2% visés par la Réserve fédérale américaine (Fed) et la Banque centrale européenne (BCE). L’inflation est donc pour l’instant contenue et la Fed devrait baisser son taux directeur à deux reprises cette année, tandis que la BCE devrait maintenir une politique monétaire accommodante.
  • La crainte de voir le conflit s’étendre dans une région où se concentre près de 20 à 25 % du commerce mondial de gaz naturel liquéfié et de pétrole, et le blocage du détroit d’Ormuz, a toutefois fait violemment réagir les cours du pétrole
  • Alors que le baril de Brent se négociait encore à 59 USD mi-décembre, il a augmenté progressivement, au gré de l’intensification des pressions américaines, jusqu’à plus de 70 USD la semaine dernière. Avec le déclenchement des hostilités, il pointe désormais à plus de 77 USD.
  • Si les Iraniens parviennent à empêcher durablement la circulation des pétroliers dans le détroit d’Ormuz — par lequel transitent près de 20 millions de barils de brut par jour — et/ou à endommager des sites de production dans les autres pays du Golfe, on pourrait imaginer que le cours du pétrole dépasse temporairement les 100 dollars.
  • Cependant, compte tenu du rapport de forces dans la région, il est difficile d’imaginer, à ce stade, une fermeture durable du détroit d’Ormuz puisque l’armée américaine et ses alliés forceraient sans aucun doute le passage. Cependant, même dans ce cas, le transit maritime y demeurerait sans doute moins fluide et plus onéreux, notamment en raison de l’augmentation des primes d’assurances, ce qui maintiendrait une prime de risque (elle avoisine actuellement les 15 USD) plus élevée dans les cours du brut.
  • Néanmoins, la poussée de fièvre des cours pétroliers pourrait, comme en juin dernier, n’être que passagère. Rappelons que les cours du pétrole étaient engagés, jusqu’il y a peu, dans une tendance baissière, le marché étant très bien, voire trop bien, approvisionné. Il pourrait en effet connaître cette année un surplus de production de plus de 3,5 millions de barils par jour.
  • En outre, l’Organisation des pays exportateurs de pétrole dispose d’importantes capacités excédentaires (de l’ordre de 5 millions de barils par jour) qui devraient pouvoir compenser l’éventuelle disparition du pétrole iranien — l’Iran exporte environ 1,5 million de barils par jour. On peut donc y voir, à terme, un facteur potentiel de stabilisation des cours du brut, pour autant évidemment que le conflit ne gagne pas en intensité et qu’il n’y ait pas de fermeture durable du détroit d’Ormuz.
  • La situation actuelle est en outre fondamentalement différente de celle des années 70. À l’époque, le pétrole était la principale source d’énergie primaire au niveau mondial (près de 50 % du total) et le Moyen-Orient en était le principal producteur. Aujourd’hui, notre mix énergétique est beaucoup plus diversifié, grâce notamment au nucléaire et aux énergies renouvelables. Le pétrole représente désormais moins de 30 % de la production d’énergie primaire, et sa production est en outre beaucoup plus diversifiée puisque les États-Unis sont passés du statut de premier consommateur mondial à celui de premier producteur.
  • Les conséquences économiques du conflit actuel devraient par conséquent être plus limitées que durant les années 70. Le prix du pétrole avait alors augmenté de 1500 % en une décennie, entraînant une profonde récession et un choc inflationniste auquel les autorités monétaires, à l’instar de Paul Volcker aux États-Unis, avaient répondu par de fortes hausses des taux au début des années 80.

Impact sur les marchés financiers

  • Nous sommes au-devant d’une période d’incertitude qui devrait alimenter la volatilité sur les marchés pétroliers et financiers pendant un certain temps, et ce d’autant plus que ces tensions géopolitiques s’ajoutent à un contexte déjà fébrile en raison des questions existentielles de ces dernières semaines autour de l’impact de l’intelligence artificielle sur nos économies et nos entreprises.
  • Les marchés d’actions devraient, dans ce contexte, rester sous pression, alors que les marchés obligataires et l’or devraient apporter une diversification bienvenue.
  • Il convient donc de rester prudent à court terme tout en demeurant investi, diversifié et attentif aux opportunités qui pourraient s’ouvrir au moment où la situation se calmera.
  • Il ne faut surtout pas céder à la panique, car historiquement, malgré une augmentation de la volatilité à court terme, ce type d’événements géopolitiques a généralement eu un impact limité dans le temps sur les marchés financiers.
  • Dans ce contexte, rester investi de manière diversifiée s’est toujours révélé préférable aux liquidités. À titre d’exemple, après les deux guerres du Golfe, un portefeuille diversifié affichait une surperformance moyenne, par rapport aux liquidités, de 13,5 % après un an et de 28,6 % après trois ans.

Quid de la stratégie d’investissement ?

  • Compte tenu d’un contexte géopolitique déjà chahuté en début d’année, les gestionnaires de fonds d’ING avaient, depuis plusieurs semaines, protégé les portefeuilles en surpondérant, notamment, les métaux précieux, comme l’or.
  • Par ailleurs, en raison de la déstabilisation de nombreux secteurs — on songe en particulier à celui du software, qui est en repli de près de 20 % (en EUR) depuis le début de l’année en raison des avancées dans l’intelligence artificielle —, des incertitudes commerciales, des valorisations boursières élevées et de la faible prime de risque des actions, ils avaient aussi limité leur exposition aux actions à un poids « neutre ».
  • D’un point de vue sectoriel, ils ont veillé à maintenir un bon équilibre entre secteurs de croissance, comme la technologie, et secteurs défensifs, comme les soins de santé, ce qui renforce la résilience des portefeuilles.
  • ING reste cependant confiante dans les perspectives des marchés financiers :  les turbulences actuelles pourraient offrir, lorsque les tensions seront retombées, des opportunités d’achat.
  • En effet, abstraction faite du stress géopolitique, il est important de rappeler que l’économie et les actifs à risque devraient continuer à être soutenus non seulement par l’essor de l’intelligence artificielle (IA), mais aussi par une politique fiscale, monétaire et réglementaire plus souple.
    • L’optimisme suscité par le déploiement de l’intelligence artificielle (IA) reste de mise et soutient les perspectives de croissance bénéficiaire pour 2026 : les analystes s’attendent à ce que les principales entreprises mondiales voient leurs profits progresser de 14 %, en moyenne, avec une contribution très forte des valeurs liées à l’IA (+32 %).
    • Les actifs à risque sont également portés par une politique monétaire accommodante : depuis la mi 2024, les principales banques centrales ont réduit leurs taux directeurs à un rythme (-1,6 %) rarement observé en dehors des périodes de récession !

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