Up2Date - Les marchés tentent d’appréhender le risque de stagflation

25 mars 2026

Temps de lecture : 5 min   

A mesure que la guerre en Iran se prolonge, la volatilité tend à augmenter sur les marchés financiers qui continuent pourtant de tabler sur un conflit de courte durée. Le marché des contrats à terme voit, en effet, le baril de Brent revenir de près de 100 USD actuellement à près de 80 USD d’ici la fin de l’année. Cette perspective ainsi que la croissance bénéficiaire qui est attendue en hausse de 18% en 2026 expliquent pourquoi les actions n’ont abandonné qu’environ 5% depuis leurs récents sommets. Derrière ce calme apparent se cachent toutefois des mouvements assez violents et, en particulier, dans les secteurs et les régions les plus sensibles au coût de l’énergie et au risque de stagflation (faible croissance et pressions inflationnistes). La quasi-fermeture du détroit d’Ormuz et les destructions d’infrastructures pétrolières et gazières sont logiquement plus néfastes à l’Europe, aux marchés émergents, à l’industrie, aux matériaux ou aux transports qu’aux Etats-Unis ou aux énergies fossiles et renouvelables. Un environnement qui plaide plus que jamais pour la diversification au sein des portefeuilles d’investissement !

Coup d’œil sur les marchés financiers

  • La guerre en Iran est entrée dans sa quatrième semaine et il est toujours difficile d’avoir une vue claire sur la durée du conflit étant donné les nombreux changements de pied de Donald Trump et la résistance des Iraniens ! En réaction aux frappes sur les infrastructures énergétiques et à un détroit d’Ormuz quasi fermé, qui a contraint les pays du Golfe à réduire drastiquement leur production, à concurrence de près de 10 millions de barils/jour, les prix du pétrole et du gaz ont bondi au‑delà des 100 dollars/baril et des 55 €/MWh.
  • Bien qu’il s’agisse, selon l’Agence internationale de l’énergie, de la plus grande perturbation de l’offre de l’histoire du marché pétrolier, les marchés boursiers n’ont reculé que modérément : l’indice MSCI des principales actions mondiales ne s’est contracté que d’environ 5 % (en EUR) depuis son récent sommet. L’absence de ventes massives est frappante : seuls 8 % des actions des marchés développés sont actuellement survendues (contre près de 50% lors de la correction boursière d’avril 2025), signe que les prises de bénéfices restent, à ce stade, relativement ciblées.
  • Sous la surface, une importante rotation des capitaux est néanmoins à l’œuvre.
    • Il n’est toujours pas certain que les États‑Unis puissent remporter en Iran la victoire rapide et décisive qu’ils recherchent. L’avenir de l’Iran et de son régime demeure également très incertain. Sur les marchés, en revanche, le constat est beaucoup plus clair. Jusqu’à présent, le grand gagnant de ce conflit est l’Amérique et les perdants sont, grosso modo, toutes les autres régions. Depuis début mars, les actions américaines, qui bénéficient du fait que les Etats-Unis sont exportateurs nets de produits pétroliers, ont surperformé les actions non américaines de 6 % (en EUR).
    • Au niveau sectoriel, les énergies fossiles et les énergies propres (solaire, nucléaire, etc.), ainsi que l’aéronautique et la défense, se renforcent, tandis que les actions sensibles aux coûts de l’énergie et/ou à la croissance économique subissent des prises de bénéfices. Comme en 2022, on observe une rotation des capitaux vers les actions à faible volatilité, ou disposant de bilans solides et d’une croissance régulière des bénéfices, que l’on retrouve principalement dans les secteurs défensifs.
  • Pour les marchés d’actions, la question clé n’est pas tant le niveau des prix de l’or noir que de savoir combien de temps ils vont rester élevés. Depuis 1990, lorsque le pétrole s’est maintenu à plus de 100 dollars pendant plus de 30 jours consécutifs, les rendements du S&P 500 se sont contractés, en moyenne, de respectivement 6,4 % et 12,3% au cours des trois et douze mois qui ont suivi.
  • Si les capitaux ne se détournent pas massivement de la bourse, cela tient au fait que la quantité de pétrole nécessaire à la production de biens et services a fortement diminué ces dernières années. En outre, le consensus de marché anticipe un conflit de durée limitée — le marché des contrats à terme voit le baril de Brent revenir à près de 80 dollars d’ici Noël —, des pressions inflationnistes contenues et une solide croissance bénéficiaire. Les analystes tablent sur une croissance des bénéfices par action d’environ 18% en 2026.
  • Cela explique probablement pourquoi les investisseurs ont réagi à la guerre en Iran par des prises de bénéfices ciblées et/ou un renforcement de leurs positions de couverture (« hedging »), plutôt que par un retrait massif des actifs à risque. Mais au plus longtemps le détroit d’Ormuz restera fermé, au plus les marchés seront contraints d’incorporer dans les cours de bourse la menace de stagflation (faible croissance et pressions inflationnistes), avec le risque de voir augmenter leur nervosité et leur volatilité...

Notre stratégie d’investissement

  • Le scénario de base des gestionnaires de portefeuille d’ING reste celui d’un conflit de durée limitée. Ils continuent, par ailleurs, de considérer que les tensions observées sur le marché du crédit privé ne sont pas de nature systémique. Mais ils ne souhaitent pas pour autant sous‑estimer les effets d’un pétrole plus cher sur des chaînes d’approvisionnement mondiales déjà fragiles.
    • Le principal risque pour les actions provient de l’impact que la hausse des prix du pétrole et le durcissement des conditions financières pourraient avoir sur les bénéfices des entreprises. Pour les obligations, le principal risque réside dans l’inflation. Dans ce contexte, les gestionnaires de fonds préfèrent rester fidèles à leur approche prudente consistant à maintenir une exposition neutre tant au niveau des actions que des obligations.
    • Au niveau sectoriel, ils recommandent de rester aussi diversifiés que possible. Il est préférable de se concentrer sur des actifs offrant une protection contre le risque de stagflation (tels que les métaux précieux, les énergies renouvelables, les infrastructures, l’immobilier ou les obligations indexées sur l’inflation à courte maturité), ainsi que sur des secteurs, comme les soins de santé, la finance ou la technologie, qui peuvent mieux répercuter la hausse des coûts dans leurs prix de vente et qui sont moins sensibles à la hausse des prix de l’énergie.
  • Signe que les investisseurs obligataires s’inquiètent du coût potentiel de la guerre en Iran, du risque inflationniste, de la dégradation des déficits budgétaires et des banques centrales qui pourraient devenir moins accommodantes, les rendements à long terme des obligations souveraines continuent à se tendre. Une évolution qui incite toujours ING à sous‑pondérer les obligations souveraines.
  • Les tensions observées sur le marché du crédit privé et les perturbations induites par l’intelligence artificielle dans le secteur des logiciels se traduisent également par une hausse des rendements des obligations d’entreprises (de 4,1% à 4,6%, en moyenne). Même si leurs conditions de financement se durcissent, il faut préciser qu’elles restent tout de même nettement inférieures à ce qu’elles sont en période de crise (6,6% lors de la crise de 2008-2009). Offrant un surplus de rendement attractif et une plus faible sensibilité à l’évolution des taux, les obligations à haut rendement et celles des marchés émergents restent privilégiées par rapport aux obligations de bonne qualité crédit.
  • Enfin, les matières premières n’ont plus autant surperformé les actions et les obligations (+23 % depuis le début de l’année) depuis l’invasion de l’Ukraine en 2022. Au vu de l’ampleur du choc pétrolier, cela n’a rien de surprenant ! Malgré les récentes prises de bénéfices subies par l’or, qui s’expliquent par le regain de vigueur du dollar américain et des banques centrales qui pourraient se montrer moins accommodantes afin de contrer les pressions inflationnistes, l’appétit pour l’or demeure très soutenu. On enregistre une hausse de l’encours des fonds axés sur l’or de 6,2 milliards de dollars depuis le début de l’année. Pour peu que la guerre en Iran se prolonge et que la crainte de stagflation se matérialise, l’or devrait pouvoir renouer avec son rôle de valeur refuge.

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